16 juillet 2012

 

SYNDROME PIEDS-MAINS-BOUCHE – Les cas de décès sont-ils liés à la prise de stéroïdes ?


© Soins intensifs à l'Hôpital Kantha Bopha. Clothilde Le Coz

D'après des informations révélées par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) le 12 juillet 2012, une large majorité des enfants décédés depuis le mois d’avril du syndrôme "pieds-mains-bouche", ont été soumis à un traitement à base de stéroïdes (corticoïdes notamment). Dans une interview accordée au PetitJournal.com la veille, le Dr. Nima Asgari, chargé de mener l'enquête pour l'OMS, a affirmé que "les patients qui ont ce syndrôme ne devraient en aucun cas être soumis à des stéroïdes. Depuis les cas observés en Chine et au Vietnam, il est connu que cela peut s'avérer mortel".
Le virus retrouvé au Cambodge à l’origine de cette infection est l'entérovirus 71 (EV 71), qui a déjà engendré de millions de cas de maladie en Thaïlande, en Chine et au Vietnam. Des recherches ont été entamées par l'Institut Pasteur de Phnom Penh dès la fin du mois de juin afin de savoir si le virus repéré au Cambodge était directement lié à ceux observés dans la région. Il est encore trop tôt pour trancher sur sa provenance exacte et connaître ses liens directs ou indirects avec ceux des pays voisins.
Selon le Dr. Philippe Buchy, directeur du service de virologie de l'Institut Pasteur à Phnom Penh, "jusqu'il y a quelques jours, cette maladie était donc en quelque sorte mystérieuse, encore que le terme approprié aurait été "maladie d'origine restant à déterminer. Dans un reportage diffusé sur CNN le 11 juillet, l’Institut Pasteur semble affirmer que la virulence de maladie peut être expliquée par une altération du virus, son absence au Cambodge depuis des années et l’usage de stéroïdes, qui affaiblit l’état de santé des patients.". En guise de conclusion, le Dr. Buchy y affirme que le cas est "clos" . Deux jours plus tard, ces informations ont également été avancées par l’OMS lors d’une réunion d’information destinée à la presse durant laquelle le Dr. Asgari a confirmé que les traitements à base de stéroïdes ont aggravé l’état d’avancement de la maladie chez les petits patients, ce qui a causé leur mort.
Le mystère demeure sur le développement de la maladie
En réponse à ce débat sur l’usage des stéroïdes, le Dr. Buchy a confié au PetitJournal.com durant le week-end que "la presse s’est emparée de cette polémique qui n’est pas nouvelle et qui est discutée dans des journaux scientifiques médicaux depuis des années. Dans le reportage sur CNN, je considère effectivement comme clos le débat sur l’origine de cette épidémie (NDRL : l’origine étant l’EV 71). Je ne me suis par contre jamais exprimé dans cette interview, pas plus que dans d’autres supports de presse, sur [la question du rôle des stéroïdes dans la mort des enfants]."
Le Dr. Richner, fondateur et directeur de l’hôpital Kantha Bopha, a déclaré ce week end au Cambodia Daily que l’hypothèse des stéroïdes comme cause d’aggravation était "un non-sens" . Sur les 68 cas admis dans ses hôpitaux, tous ont été soumis au même traitement, contenant des corticoïdes. 4 enfants ont tout de même survécu. Il reste donc toujours à expliquer comment ces cas se sont révélés mortels. Le Dr. Richner a également insisté sur le fait que, si la maladie n’est pas nouvelle "son développement est peut-être une première mondiale. C’est complètement nouveau". Durant son reportage au Cambodge, le Dr. Sanjay Gupta, correspondant médical de CNN, a admis qu’il était difficile de savoir quel traitement déclenchait la virulence de la maladie car le virus était non existant au Cambodge et que tous les patients n’ont pas pu se faire prélever le bon échantillon à examiner car ils sont morts en moins de 24h.
Pour le Dr. Denis Laurent, directeur adjoint de l’hôpital Kantha Bopha, l'une des pistes privilégiées qui expliquerait la virulence de la maladie est bien celle de l'intoxication médicamenteuse: "sur les 68 enfants admis avec les mêmes symptômes, seuls les survivants ont été admis directement à l'hôpital, sans se faire soigner par une autre clinique avant. Les 64 cas de décès pourraient donc être dus à une association avec un autre médicament administré avant leur admission à l'hôpital Kantha Bopha. ».
Au Dr. Buchy d’ajouter à ce sujet : « le débat me semble un peu inutile à ce stade car les enfants qui sont décédés au Cambodge sont tous arrivés à l’hôpital Kantha Bopha dans un état déjà critique et malgré les soins intensifs prodigués sont malheureusement très vite décédés. Il est fort probable qu’à un stade aussi avancé de la maladie, aucun médicament ne puisse faire la moindre différence chez des enfants en bas âge, déjà plutôt en mauvais état général, d’autant plus qu’il n’existe à ce jour aucun médicament antiviral ayant démontré une quelconque efficacité dans les infections à EV71. »
L'aide de spécialistes Thaïlandais et Chinois pour identifier la maladie
Dans d’autres pays touchés par des épidémies d’EV71, le corps médical est d’ailleurs divisé sur la question de l’utilisation des corticoïdes dans ces formes graves de la maladie. Certains n’utilisent pas ces médicaments. Suite à une enquête conjointe, le ministère de la santé et l'OMS ont aussi conclu à la présence de plusieurs autres pathogènes dont le Hib, responsable de pneumonies et de méningites, et certaines bactéries se développant au contact de porcs.
Le premier cas de décès est survenu le 20 avril. 23 décès avaient été répertoriés un mois plus tard et 44 le 20 juin. Le 4 juillet, l'Organisation Mondiale de la Santé a publié un communiqué de presse joint avec le ministère de la santé dans lequel l'infection est qualifiée de "mystérieuse". Pour le Dr. Philippe Buchy, directeur du service de virologie de l'Institut Pasteur à Phnom Penh : "Ce qui en a fait un mystère, c'est que la circulation de l'EV71 a été détectée au travers des cas mortels qui ne devraient être qu'une complication rare et inhabituelle de l'infection EV71." Le Dr. Laurent a ajouté que le ton alarmiste de l’OMS dans son communiqué du 4 juillet était "stupide" et qu’il avait crée la panique. D’après le Bangkok Post, la Thaïlande voit aujourd’hui un exode massif de Cambodgiens vers le pays afin de soigner leurs enfants.
Des milliers d'enfants ont souffert et souffrent encore de la même maladie au Vietnam, en Chine et en Thaïlande. En 2011, le Vietnam a répertoriés 169 décès dûs à une forme virulente de la maladie pieds-mains-bouche sur 110 000 cas rapportés. Yang Jiechi, le ministre des affaires étrangères chinois, a confirmé au Cambodia Daily et au Phnom Penh Post que des spécialistes Chinois viendront au Cambodge afin d'aider à identifier cette maladie plus précisément. Le ministère thaïlandais de la Santé a demandé à des spécialistes Thaïlandais de se rendre au Cambodge afin d’aider à la prévention de la contagion. En 2011, la Chine a rapporté plus d'un million et demi de cas, causant la mort de 500 d'entre eux. La Thaïlande commence quant à elle a recenser des cas mortels.
Clothilde Le Coz (http://www.lepetitjournal.com/cambodge.html) Lundi 16 Juillet 2012

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