20 décembre 2011
RELIGION- Les catholiques du Royaume, une minorité religieuse dynamique
Écrit par Laure Delacloche pour Le Petit Journal (abonnez vous, c'est gratuit)
L'Eglise Saint-Joseph, dans les environs de Phnom Penh. (crédit photo : http://pp.catholiccambodia.org)
“A la fin de la guerre, il restait 4 églises debout (dont Saint-Joseph), contre 70 avant celle-ci”,
poursuit-il. Des exactions sont commises à l’encontre de l’Eglise qui
doit se “khmériser” afin de pouvoir survivre. Cette période difficile
durera jusqu’en 1990, lorsque la liberté de culte pour les chrétiens du
Cambodge est proclamée. La première messe est célébrée le 14 avril 1990
au théâtre Chenla, à Phnom Penh. Pour survivre, l’Eglise a dû s’adapter
aux pratiques culturelles locales (relire à ce propos l’article du 27 juillet 2011 RELIGION- De Bouddha à Jésus : le père Vincent explique).
La fin de cette période d’épreuves pour la communauté des catholiques
au Cambodge est entérinée en 1994, lorsque le Vatican et l’Etat
Cambodgien se reconnaissent mutuellement. Aujourd’hui, le nonce
apostolique du Cambodge est basé à Bangkok : “Les deux Etats entretiennent des relations de courtoisie, décrit le Père Vincent. Par exemple, lors de la tragédie de Koh Pich l’année dernière, le Vatican avait fait passer un message de condoléances.”
Le catholicisme, une religion toujours "'étrangère", mais à succès
Le catholicisme, une religion toujours "'étrangère", mais à succès
Cette adaptation semble être un succès
puisqu’au aujourd’hui, pas moins de 9 messes en khmer sont célébrées
dans la paroisse de Saint Joseph à Phnom Penh, chaque semaine. Le
challenge est pourtant de taille : les pratiques peuvent être adaptées,
mais la foi catholique est clairement marquée par la pensée occidentale.
C’est peut-être pour cette raison que celle-ci est toujours considérée
comme une religion étrangère et ses fidèles sont parfois montrés du
doigt, accusés de trahir leur pays. Malgré cette réprobation de la part
de leurs compatriotes, le Père Vincent estime à 1000 le nombre de
catéchumènes (néophytes se préparant au baptême) en 2011. Trois cents
baptêmes d’adultes ont également eu lieu cette année. Pour faire face à
l’affluence (entre 300 et 500 personnes se rendent aux deux services du
dimanche célébrés en Khmer), la paroisse projette de construire une
nouvelle église dont la capacité d’accueil sera de 1200 places. En
attendant, les messes sont célébrées en dehors de l’église Saint-Joseph,
dans une salle alentour.
Des communautés de catholiques qui se mélangent plus ou moins
en anglais et en coréen, une fois par semaine. Chaque dimanche, une centaine de français et environ 200 anglophones se rendent à la messe. Plus curieux, 200 coréens assistent également au service du dimanche. La Corée du Sud compte en effet 30% de chrétiens, qui s’expatrient pour affaire au Cambodge. La structure des expatriés catholiques est en cela assez différente de celle des Français et des anglophones, qui travaillent souvent dans le domaine de la coopération ou dans des Organisations Non Gouvernementales.
Les différentes communautés catholiques -locales et expatriées- se cotoient ponctuellement. Les expatriés Français sont davantage en contact avec les khmers catholiques : “Il y a de nombreux Cambodgiens de France. Certains Français vont à la messe en khmer, et il y a beaucoup de Cambodgiens francophiles qui vont à la messe en Français, explique le Père Vincent. Il existe une connaissance mutuelle.” La communauté catholique est néanmoins toujours animée par les missionnaires étrangers : le Royaume ne compte que 5 prêtres cambodgiens sur 60 et 8 religieuses sur la centaine qui est présente. Cependant, “de plus en plus de vocations locales émergent, et il existe une hausse du nombre de baptêmes” témoigne le Père Vincent.
Laure Delacloche, en collaboration avec le Père Vincent Sénéchal (www.lepetitjournal.com/cambodge)



