29 septembre 2008

 

Le rat des champs, mis à la sauce campagnarde

Estomacs sensibles : passez au plus vite votre chemin… Car aussi talentueux qu’ils soient, les cuistots de Doun Kèo, petit district situé en plein coeur de la province de Takéo, ne parviendront sans doute pas à faire oublier à leur hôte venu de Phnom Penh ce qu’il y a de heurtant – sinon pour le palais, au moins pour la sensibilité – dans le contenu du plat qui lui est servi d’une façon fort civile. Et pour cause : la viande la plus consommée par la population de cette partie du pays n’est autre que la chair de rats des champs. Si les rongeurs adultes sont préparés en brochettes ou mitonnés en sauce, les nichées de ratons finissent invariablement en potage – les petites boules de chair imberbe et molle, sont, il est vrai, créditées de vertus fortifiantes, affirme la croyance populaire.
Ils sont partout
Espèce endémique présente en nombre dans la région du fait de la proximité d’un lac, le rat fait d’importants dégâts dans les rizières de Baray.
Guère étonnant aussi, qu’ici comme dans les autres communes du district de Doun Kèo, l’animal fasse l’objet d’une chasse quotidienne qui démarre dès les premières lueurs de l’aube.
« Ils sont partout. En saison sèche, ils se terrent dans des trous creusés dans le sol ; et pendant les pluies, ils trouvent refuge jusque dans les arbres », raconte Leng, 44 ans, le souffle court.
Depuis quatre heures qu’il sillonne ses champs, le paysan au visage perlé de sueur, a déjà occis à l’aide de son bâton et de sa faucille une vingtaine de rats. « De quoi rassasier l’ensemble de la famille », glisse-t-il en souriant.
L’avant-bras couvert de morsures, Poch, du haut de ses 21 ans, est considéré par tous, comme le meilleur des chasseurs de muridés de la contrée.
Il est vrai que le jeune homme n’est pas du genre à avoir froid aux yeux…
« Les rats, je les attrape à main nue, lance-t-il à l’attention des hommes de son groupe. Mais attention, par la tête, pas par le corps, ni par la queue, auxquels cas il vous donnera un bon coup de dents en guise de souvenir. »
De retour dans les assiettes
Dans les villages de la commune, l’apport de viande de rat est une aubaine à l’heure où les prix des biens de première nécessité (notamment alimentaires) flambent… Si le prix du kilo de viande de rat désossé n’est pas prêt d’atteindre celui du boeuf, du porc ou même de la volaille, celui-ci a néanmoins considérablement augmenté. En moins d’un an, il est passé de 2 500 à 5 000 riels dans la province de Takéo ; mais se vend jusque 10 000 riels dans les marchés de la province voisine de Kandal. Selon Miech Ponn, conseiller chargé des us et coutumes khmères à l’Institut bouddhique, l’usage qui consiste à manger du rat des champs remonte non seulement à la nuit des temps mais n’a jamais complètement disparu en zones rurales. « En fait, cette pratique redevient plus visible à chaque crise alimentaire… On ne s’étonnera donc pas d’apprendre que le rat n’a jamais été aussi présent dans les assiettes des Cambodgiens que sous le régime de Pol Pot», conclut-il.
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20 septembre 2008

 

Ulcère et dysenterie

Non, ce n'est pas le titre du dernier Amélie Nothomb, c'est le quotidien des mamies de Sre Ambel. Ming Rom est cette jeune grand-mère qui nous avait accueillis chez elle pour le festin du siècle lors du passage de Chantal sur place. Nous avons aidé sa famille pendant des années. Grâce à ses quelques rizières et notre motoculteur, elle fait maintenant partie de ces Cambodgiens qui commencent à s'en sortir décemment MAIS, l'absence de couverture sociale empêche les Khmers de faire face aux pépins de santé.

Tout ceci pour dire que Ming Rom a souffert récemment d'un violent et douloureux ulcère à l'estomac (en fait, l'albendazole que l'on voit sur la photo de ses médicaments est un anti-parasitaire ; le Feramax est bien pour l'estomac). Elle a dû se faire traiter à l'hôpital et nous avons participé aux frais. Elle va bien maintenant.


La femme de Reth qui s'est fait opérer d'un goitre il y a 6 mois souffre encore parfois. Le chirurgien pense que c'est normal et prescrit un médicament dispendieux en cas de douleur. Nous prenons tout en charge en ce qui la concerne.

La grand mère édentée souffre de dysenterie. Rien de bien étonnant au Cambodge lorsqu'on vit dans des conditions sanitaires précaires. Ce qui nous ennuie dans le cas présent, c'est que cela dure depuis un mois et que les traitements habituels sont impuissants. Par conséquent, elle est en route actuellement pour Phnom Penh où elle va subir les examens appropriés. Nous prenons la totalité des frais en charge.




18 septembre 2008

 

Map, échec et maths


Le vrai nom de Map, c'est Hean So. Il a 23 ans maintenant et finissait sa 4ème et dernière année d'université le mois dernier. Malheureusement, il a échoué à l'examen final. Il est en filière "informatique" dans l'université privée qui a la meilleure réputation du Cambodge, Norton. C'est évidemment embêtant mais ce n'est pas catastrophique car s'il y a échec en maths, il n'y a pas échec et mat. Il peut refaire une 4ème année et on ne lui en tiendra pas trop rigueur, même si c'est notre allocation qui paie les frais de scolarité.
On ne lui en voudra pas trop car il s'agit d'un vrai miracle comme on en voit peu dans le travail humanitaire. Son père était cyclo (ceux qui connaissent Phnom Penh savent que les cyclos pour en être folklorique
s n'en sont pas moins extrêmement pauvres). Sa mère illettrée ne travaille pas.
Dans le cas de Map, ce n'est pas un ascenseur social, c'est une fusée! Et ce
, grâce à vous tous. Merci!
Ils, [la famille de Map : sa maman, deux de ses sœurs, son neveu qui d’ailleurs compte sur lui pour les sortir de la pauvreté] ont longtemps vécu sur le toit d'un immeuble. C'est là qu'atterrissaient les gens qui arrivaient de province pour tenter leur chance dans la capitale. Avec quelques morceaux de planches, on construit une cabane et c'est le trou, normalement dévolu à l'évacuation de l'eau de pluie du toit - terrasse, qui sert pour la cuisine, la toilette et les WC. Nous avons soutenu Map et sa famille à titre personnel de 1997 à 2001 (la cabane et son mobilier par exemple) puis l'association a avantageusement pris le relais.
Map suivait une excellente scolarité dans un collège lycée de la ville mais
il aurait abandonné comme tant d'autres si nous avions dû cesser notre aide.
Il a obtenu son bac avec mention puis entrepris les études au Norton Institute.
Entre temps, la famille a échangé son morceau de toit contre un autre plus décent et le papa a déserté le foyer.
Map n'est pas très content de sa formation universitaire car il est bien
conscient de ce dont les journaux nous rebattent les oreilles : les études supérieures au Cambodge sont d'un niveau assez faible, même dans les meilleures institutions et les débouchés quasiment inexistants sauf... Sauf pour ceux qui possèdent une formation pointue et pratique en plus du diplôme universitaire.
N'ayant jamais connu l'échec auparavant, Map est excusable d'avoir raté la dernière marche. Il est d'accord pour "remettre ça" l'an prochain. Ce serait trop bête d'avoir suivi tant d'années d'étude et de partir sans le diplôme. Mais simultanément il va suivre une formation pointue et pratique dans le domaine des réseaux informatiques d’entreprise.

Par ailleurs, il est loin d'être notre débiteur, l'argent que nous lui donnons mensuellement et qui lui permet (lui et sa famille) de vivre n'est pas une aumône mais bien la juste rétribution de quelques tâches qu'il effectue pour nous, sans que cela n'empiète sur le temps de ses études. Il se rend à Sre Ambel, il est en contact avec les fournisseurs lorsqu'on en a besoin etc.
Enfin, il faut noter que l'une de ses qualités c'est qu'il est digne de confiance. Rare!


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