02 novembre 2007

 

De bonnes nouvelles sur le front du SIDA

Bien que le taux de prévalence du VIH/sida au Cambodge reste particulièrement élevé comparé à d’autres pays, en particulier à ceux de la région, il a cependant diminué de façon significative ces dernières années grâce à la politique de prévention des autorités et à l’action des ONG oeuvrant dans le domaine de la santé. « La prévalence du VIH – c’est-à-dire le pourcentage de
personnes contaminées par le virus du sida – a considérablement baissé au Cambodge», explique le docteur Teng Kunthy, secrétaire général de l’Autorité nationale de lutte contre le sida (NAA). « En 2003, la prévalence était de 1,9 % parmi les 15-49 ans, et en 2006, elle n’était plus que de 0,9 % pour la même tranche d’âge ».
Cette réduction du taux de contamination s’explique par le travail de prévention qui a été effectué avec succès auprès des populations cibles les plus touchées par la pandémie, en particulier les travailleuses du sexe directes – les prostituées – et indirectes – les « lanceuses de bière », masseuses, etc. Si la prévalence pour ces catégories sensibles a nettement reculé, elle n’a en revanche que très peu régressé chez les femmes enceintes. Et c’est justement sur cette catégorie de la population que les autorités sanitaires entendent désormais concentrer leurs efforts. « En 1998, 2,1 % des femmes enceintes venues faire un test sanguin pour le dépistage du VIH étaient séropositives. En 2003, ce chiffre est tombé à 1,6 %, et en 2006, à 1,1 %. Le taux de contamination parmi les femmes enceintes reste donc élevé, alors qu’à l’inverse, la prévalence chez les prostituées a chuté, poursuit Teng Kunthy. La baisse du taux de contamination du VIH montre seulement que nos efforts ont porté leurs fruits. Cela ne signifie pas pour autant que le Cambodge a complètement réglé le problème et qu’il échappe désormais au fléau du sida. »
Dans les années 1990, alors que le royaume connaissait une période critique vis-à-vis du sida, alors en pleine explosion, les prostituées représentaient la population-cible prioritaire en matière de prévention. La grande majorité des campagnes d’information antisida leur était destinée, tandis que les femmes au foyer passaient au second plan. Le résultat a été une réduction significative du taux de prévalence chez les travailleuses du sexe, et un résultat beaucoup moins
marquant chez les femmes mariées. Les prostituées sont pourtant indirectement responsables de la contamination des femmes au foyer. Ces dernières sont infectées par le virus via leur époux, lui-même contaminé après des ébats non-protégés dans les lieux de plaisir. La
fréquentation des prostituées se passe généralement à l’occasion de déplacements professionnels dans le pays ou lors de sorties nocturnes entre amis.
Dans ces cas-là, l’habitude de consommer de l’alcool entre hommes jusqu’à l’ivresse conduit très souvent aux bordels et à des rapports sexuels non-protégés avec des professionnelles. « C’est comme cela que les hommes sont infectés. Ensuite, ils ramènent le virus à la maison et contaminent leurs femmes… », indique le secrétaire général du NAA. Dans l’immense majorité des cas, les hommes reprennent ensuite des relations sexuelles normales avec leurs épouses,
c’est-à-dire sans utiliser de préservatifs, de peur d’éveiller des soupçons ou par simple ignorance.
« Le sida est un problème national »
Au vu de cette tendance, les autorités travaillent à présent en étroite collaboration avec de nombreuses ONG pour prévenir la transmission du VIH dans des groupes cibles auparavant délaissés : femmes mariées, homosexuels et consommateurs de drogue par voie intraveineuse. Khana, l’alliance d’ONG cambodgiennes luttant contre le VIH/ sida créée il y a tout juste dix ans, dispose cette année d’un budget de trois millions de dollars pour soutenir financièrement et techniquement quelque 63 organisations partenaires travaillant dans 17 provinces et villes du pays. Ces ONG utilisent, pour beaucoup, des agents sanitaires et des conseillers VIH mobiles qui se déplacent de maison en maison dans les villages pour expliquer aux habitants la problématique de transmission et de prévention du virus. [C'EST A CE GENRE DE CAMPAGNE QUE SOK, DE SRE AMBEL, QUI A MALHEUREUSEMENT CONNU LE PROBLÈME SANS SA CHAIR, COLLABORE EN TRAVAILLANT AVEC UNE ONG LOCALE] Ils encouragent en particulier les femmes enceintes à faire des tests sanguins dans les centres de dépistage afin de connaître leur statut sérologique.
« Le dépistage est très important », explique Oum Sopheap, directeur exécutif de Khana, pour qui les campagnes d’information sur le sida ont eu un impact certain sur le comportement des Cambodgiens en matière de sexualité : « Si elles découvrent qu’elles sont séropositives, elles
peuvent entreprendre des démarches pour bénéficier d’un traitement non seulement pour elle-même, mais aussi pour l’enfant qu’elles vont mettre au monde et éviter qu’il ne soit contaminé par le virus. De toute façon, il est primordial de connaître son statut sérologique pour se préparer à l’avenir. »
Pour éviter la transmission du virus de la mère à l’enfant, un médicament, la névirapine, est utilisé avec succès depuis quelques années au Cambodge. Avec une prise unique administrée à la mère pendant l’accouchement et une prise unique pour le nouveau-né juste après la naissance, la névirapine permet de réduire la transmission mère-enfant, habituellement d’environ 30 %, à seulement 2 %.
La tendance des infections a donc bien changé depuis les années 1990 : actuellement, presque la moitié des nouvelles infections se produisent parmi les femmes mariées, et un tiers de ces nouvelles infections sont dues à une transmission mère-enfant.
De son côté, le Centre national pour le VIH/sida, la dermatologie et les MST (NCHADS) – la branche technique du ministère de la Santé en matière de lutte antisida – déploie des éducateurs aux quatre coins du pays et utilise différentes méthodes de sensibilisation – comme le théâtre, par exemple – pour expliquer les modes de contamination et encourager la population adulte à se faire dépister.
« En 2006, 210 000 personnes ont fait le test. Pour les deux premiers trimestres de cette année, ils ont déjà été 110 000 dont 13 000 femmes enceintes qui se sont fait dépister entre les mois d’avril et juin. Nous avons toutes les raisons de croire que le nombre de personnes à faire le test ne fera qu’augmenter. Notre objectif est de mettre en place 200 centres de dépistage à travers le pays d’ici la fin de l’année ; aujourd’hui, nous en avons déjà 190 », détaille Ly Penh Sun, directeur adjoint du NCHADS.
La réduction de la prévalence du VIH observée au Cambodge serait la conséquence à long terme de la chute spectaculaire des nouvelles infections qui a commencé à la fin des années 1990. Pour Teng Kunthy, si le Cambodge continue sur cette voie, la prévalence du VIH parmi les femmes mariées, les homosexuels et les toxicomanes devrait logiquement diminuer. « Le Cambodge fait en quelque sorte figure de modèle en matière de lutte contre le sida dans la région. Laprévalence a fortement diminué grâce à nos efforts de prévention, et nous mettons aussi l’accent sur l’accès
le plus large possible aux traitements.
Le gouvernement a noué de nombreuses collaborations extérieures pour lutter contre ce fléau », conclut le secrétaire général de l’Autorité nationale de lutte contre le sida. « Le sida n’est pas seulement le problème du ministère de la Santé, c’est l’affaire de tous car c’est un problème national. C’est pour cette raison que les 26 ministères du gouvernement membres du NAA travaillent tous dans le même sens, en étroite collaboration avec les ONG ». Il est clair qu’un
soutien continu des partenaires nationaux et internationaux sera nécessaire pour poursuivre et accélérer la réponse nationale au VIH/sida, et prévenir ainsi une possible résurgence de l’épidémie dans l’avenir.
Leang Delux Cambodge Soir
Cet article est extrait de Cambodge Soir Hebdo. Lisez le! Abonnez vous!

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