13 avril 2007
Nous souhaitons une excellente Nouvelle Année Khmère (13 avril)
Pour la nouvelle année, à quoi jouent les Cambodgiens ?
Tour d'horizon des jeux khmers du nouvel an, du tir à la corde traditionnel au jeter de farine, plus récent et controversé. Un conseiller à la commission des coutumes khmères de l'Institut bouddhique explique les significations de ces divertissements.
Le Nouvel an cambodgien se prête à de nombreuses célébrations et manifestations (érections de monts de sables dans les pagodes, cadeaux apportés aux proches...), mais un des aspects les plus conviviaux de la période reste l'organisation de nombreux jeux, dont les origines remontent pour certains à des temps immémoriaux. Ces divertissements d'apparence innocents ont pour vocation de contribuer à l'atmosphère enjouée et insouciante du Nouvel an, moment de relâche pour la société cambodgienne, où la sécheresse est à son apogée avant le retour des pluies et des travaux agricoles. Ils ont surtout pour vocation dans cette période où la rigueur régissant les comportements sociaux s'affaiblit de contribuer à la socialisation des plus jeunes, à commencer par les rapports entre filles et garçons...
Bah Angkougn
(le lancer de graine angkougn)
Un des jeux les plus emblématiques du Nouvel an khmer. Celui-ci tire son nom d'une grosse graine plate et lisse, de couleur brune, issue d'une liane de l'arbre angkougn. Le Bah Angkougn se pratique un peu comme un jeu de quilles, qui oppose traditionellement une équipe de filles à une équipe de garçons. L'angkougn est lancé à la façon d'un palet contre une rangée d'autres graines plantées verticalement, le but étant d'en faire chuter le plus possible. Les vainqueurs ont le droit de se livrer à un rituel un peu particulier : frapper les rotules des perdants avec l'angkougn en main, à l'image de médecins testant les réflexes de leur patient avec un marteau.
Le but n'est bien sûr pas de faire mal, mais plutôt, on l'aura compris, de tâter les chevilles du sexe opposé...
Chap Kon Kleng
(Attraper les poussins)
Le jeu se base sur l'imitation du comportement d'une poule cherchant à protéger sa progéniture d'un rapace.
Les participants désignés comme poussins se cachent derrière la personne incarnant la mère protectrice face à l'ignoble prédateur, qui tente de s'emparer du dernier de la file, le tout en chansons.
Sdach Chang
(le roi veut)
Une rangée de filles, une de garçons. Sur le côté, le ''roi''. Un participant choisit secrétement quelqu'un dans la rangée d'en face, puis se lève pour chuchoter l'identité de celui-ci à l'oreille du roi. Lorsque vient le tour de la seconde équipe, si celui qui se lève pour se confier vient d'être désigné au roi par le joueur d'en face, il lui est alors imposé de se rendre prisonnier dans le camp adverse.
Dandaeum Sleuk Chheu
(Se saisir des branchages)
Deux équipes, dont les participants sont tous dotés d'un numéro. Au milieu, quelques branchages. Au moment où ''l'arbitre'' appelle leur numéro, deux participants se détachent de leur équipe pour venir tenter de s'emparer du trophée, sans être touché dans le même temps par leur adversaire. Possède son équivalent dans les cours de récréation occidentales.
Chaol Chhoung
(le jet du Chhoung)
Là encore, un jeu particulièrement représentatif des festivités de passage à la nouvelle année. Prenons deux groupes, un de filles, un de garçons. Ajoutons le ''Chhoung'', soit un krama, l'écharpe khmère multi-usages, roulé en boule en laissant pendre un long pan, la ''queue du Chhoung''. Tour à tour, un membre de chaque équipe empoigne le Chhoung par la queue pour le projeter sur la personne de son choix dans le camp adverse. Si celle-ci est touchée sans parvenir à intercepter le Chhoung, elle est alors contrainte de le ramasser et le ramener dans le camp d'en face, en dansant et en chantant : ''Voici le Chhoung, divise-le en quatre, mon chéri...'' (traduction approximative). Une sorte de balle au prisonnier romantique, en quelque sorte.
Teagn Proat
(Le tir à la corde)
Souvent pratiqué dans la cour des pagodes, il nécessite beaucoup de participants répartis en deux groupes, 1 of 12 qui se mesurent l'un à l'autre après avoir échangé les interjections : ''Yeak Ar!'' (Grande joie!) et ''Ho-Vu!''
Leak Kansaeng
(Cacher l'écharpe)
Equivalent du jeu du mouchoir. Quelqu'un lâche un krama derrière le dos d'un des joueurs placé en rond, qui doit alors s'en saisir pour poursuivre son voisin ou sa voisine.
Bei Dork Mouy
(Trois moins un)
Fait partie de la génération des jeux plus récents. Une sorte de jeu de ''chaises musicales'' où une personne isolée tente de prendre la place d'une autre au sein d'un groupe de trois, obligeant celle-ci à chercher à son tour la place de quelqu'un.
Kop Teuk/Phat Msao
(Jeter de l'eau/de farine)
Pour conclure, voici un ''jeu'' qui ne fait pas l'unanimité. Il est vrai qu'il est un peu aux jeux du Nouvel an ce que la musique techno est à la musique traditionnelle. Si l'eau a toujours fait partie des rites cambodgiens, en remplir des sacs plastique que l'on jette depuis une moto lancée en trombe donne aux coutumes khmères un côté tout de suite plus hard. Inédit également il y a encore quelques années, le fait de jeter en passant de la farine ou de la cendre dans le visage de votre vis-à-vis. Les anciens et les gens bien élevés détestent cette habitude qu'ils disent importée de Thaïlande. Mais pas mal de jeunes adorent. A vous de voir.
Cet article est extrait de Cambodge Soir Hebdo. Lisez le! Abonnez vous!
Tour d'horizon des jeux khmers du nouvel an, du tir à la corde traditionnel au jeter de farine, plus récent et controversé. Un conseiller à la commission des coutumes khmères de l'Institut bouddhique explique les significations de ces divertissements.
Le Nouvel an cambodgien se prête à de nombreuses célébrations et manifestations (érections de monts de sables dans les pagodes, cadeaux apportés aux proches...), mais un des aspects les plus conviviaux de la période reste l'organisation de nombreux jeux, dont les origines remontent pour certains à des temps immémoriaux. Ces divertissements d'apparence innocents ont pour vocation de contribuer à l'atmosphère enjouée et insouciante du Nouvel an, moment de relâche pour la société cambodgienne, où la sécheresse est à son apogée avant le retour des pluies et des travaux agricoles. Ils ont surtout pour vocation dans cette période où la rigueur régissant les comportements sociaux s'affaiblit de contribuer à la socialisation des plus jeunes, à commencer par les rapports entre filles et garçons...
Bah Angkougn
(le lancer de graine angkougn)
Un des jeux les plus emblématiques du Nouvel an khmer. Celui-ci tire son nom d'une grosse graine plate et lisse, de couleur brune, issue d'une liane de l'arbre angkougn. Le Bah Angkougn se pratique un peu comme un jeu de quilles, qui oppose traditionellement une équipe de filles à une équipe de garçons. L'angkougn est lancé à la façon d'un palet contre une rangée d'autres graines plantées verticalement, le but étant d'en faire chuter le plus possible. Les vainqueurs ont le droit de se livrer à un rituel un peu particulier : frapper les rotules des perdants avec l'angkougn en main, à l'image de médecins testant les réflexes de leur patient avec un marteau.
Le but n'est bien sûr pas de faire mal, mais plutôt, on l'aura compris, de tâter les chevilles du sexe opposé...
Chap Kon Kleng
(Attraper les poussins)
Le jeu se base sur l'imitation du comportement d'une poule cherchant à protéger sa progéniture d'un rapace.
Les participants désignés comme poussins se cachent derrière la personne incarnant la mère protectrice face à l'ignoble prédateur, qui tente de s'emparer du dernier de la file, le tout en chansons.
Sdach Chang
(le roi veut)
Une rangée de filles, une de garçons. Sur le côté, le ''roi''. Un participant choisit secrétement quelqu'un dans la rangée d'en face, puis se lève pour chuchoter l'identité de celui-ci à l'oreille du roi. Lorsque vient le tour de la seconde équipe, si celui qui se lève pour se confier vient d'être désigné au roi par le joueur d'en face, il lui est alors imposé de se rendre prisonnier dans le camp adverse.
Dandaeum Sleuk Chheu
(Se saisir des branchages)
Deux équipes, dont les participants sont tous dotés d'un numéro. Au milieu, quelques branchages. Au moment où ''l'arbitre'' appelle leur numéro, deux participants se détachent de leur équipe pour venir tenter de s'emparer du trophée, sans être touché dans le même temps par leur adversaire. Possède son équivalent dans les cours de récréation occidentales.
Chaol Chhoung
(le jet du Chhoung)
Là encore, un jeu particulièrement représentatif des festivités de passage à la nouvelle année. Prenons deux groupes, un de filles, un de garçons. Ajoutons le ''Chhoung'', soit un krama, l'écharpe khmère multi-usages, roulé en boule en laissant pendre un long pan, la ''queue du Chhoung''. Tour à tour, un membre de chaque équipe empoigne le Chhoung par la queue pour le projeter sur la personne de son choix dans le camp adverse. Si celle-ci est touchée sans parvenir à intercepter le Chhoung, elle est alors contrainte de le ramasser et le ramener dans le camp d'en face, en dansant et en chantant : ''Voici le Chhoung, divise-le en quatre, mon chéri...'' (traduction approximative). Une sorte de balle au prisonnier romantique, en quelque sorte.
Teagn Proat
(Le tir à la corde)
Souvent pratiqué dans la cour des pagodes, il nécessite beaucoup de participants répartis en deux groupes, 1 of 12 qui se mesurent l'un à l'autre après avoir échangé les interjections : ''Yeak Ar!'' (Grande joie!) et ''Ho-Vu!''
Leak Kansaeng
(Cacher l'écharpe)
Equivalent du jeu du mouchoir. Quelqu'un lâche un krama derrière le dos d'un des joueurs placé en rond, qui doit alors s'en saisir pour poursuivre son voisin ou sa voisine.
Bei Dork Mouy
(Trois moins un)
Fait partie de la génération des jeux plus récents. Une sorte de jeu de ''chaises musicales'' où une personne isolée tente de prendre la place d'une autre au sein d'un groupe de trois, obligeant celle-ci à chercher à son tour la place de quelqu'un.
Kop Teuk/Phat Msao
(Jeter de l'eau/de farine)
Pour conclure, voici un ''jeu'' qui ne fait pas l'unanimité. Il est vrai qu'il est un peu aux jeux du Nouvel an ce que la musique techno est à la musique traditionnelle. Si l'eau a toujours fait partie des rites cambodgiens, en remplir des sacs plastique que l'on jette depuis une moto lancée en trombe donne aux coutumes khmères un côté tout de suite plus hard. Inédit également il y a encore quelques années, le fait de jeter en passant de la farine ou de la cendre dans le visage de votre vis-à-vis. Les anciens et les gens bien élevés détestent cette habitude qu'ils disent importée de Thaïlande. Mais pas mal de jeunes adorent. A vous de voir.
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